INTERVIEW DE STEPHANE ROYER

  1. Bernard Simonay, pouvez-vous en quelques mots présenter votre dernier roman : La Prophétie des Glaces dont les thèmes devraient, une fois de plus, intéresser les lecteurs passionnés par les énigmes historiques et autres mystères.

La Prophétie des Glaces est un thriller situé à mi-chemin du Da Vinci Code de Dan Brown et de la Nuit des Temps de René Barjavel. Il s’articule autour de deux thèmes principaux : la recherche d’une explication à l’existence de ce que l’on appelle les « cartes impossibles » datées du XVIème siècle, et une prise de position très nette contre le retour insidieux du « Créationnisme », doctrine religieuse prônant la création de la Terre par Dieu il y a 7000 ans.

Parce qu’ils font des rêves étranges, deux jeunes médiums vont suivre une quête initiatique qui va les amener à découvrir le secret des cartes impossibles. Mais ils vont devoir aussi faire face à une organisation intégriste secrète qui va tenter par tous les moyens de les faire disparaître pour éviter la résurgence d’une civilisation antique à l’origine d’une prophétie pouvant déclencher l’Apocalypse.

  

  1. Peut-on dire qu’en raison des thèmes traités dans ce roman, celui-ci se situe au carrefour, non pas des ombres, mais des Enfants de l’Atlantide et du Secret interdit, autres de vos romans ?

Pas exactement. Alors que les Enfants de l’Atlantide et le Secret Interdit avaient une vocation résolument fantastique, la Prophétie des Glaces est basé sur des recherches solides menées par un professeur américain, Cha    rles Hapgood, dont l’hypothèse étonnante est cependant étayée par une étude sérieuse. La Prophétie des Glaces n’est donc pas, à mon avis, un roman à classer dans le genre fantastique, même s’il contient quelques éléments s’y référant.

  

  1. Vous sollicitez beaucoup les phénomènes paranormaux, déjà présents dans Les enfants de l’Atlantide ou la série Phénix. Quelles sont vos sources, les auteurs qui vous ont inspirés ?

Aucun auteur, mais des documents de toutes origines, sur lesquels je pratique des recoupements afin de tenter de séparer, comme on dit, le bon grain de l’ivraie. Ce qui n’est pas toujours facile.

  

  1. Les civilisations perdues, les pouvoirs de l’esprit, mais aussi la réincarnation. D’où vous vient cet intérêt ?

La réincarnation n’est pour moi qu’une hypothèse. Je l’utilise volontiers en tant que romancier, mais je me garderai bien d’affirmer qu’il s’agit d’une réalité. Cependant, c’est une hypothèse séduisante, car je pense que tout ne s’arrête pas avec la mort. Il y a probablement autre chose derrière. Mais quoi ? Nous verrons bien le moment venu.

Je précise que je ne suis pas baptisé, que je n’appartiens à aucune religion et que je ne crois pas en Dieu. La spiritualité à laquelle je fais référence dans la Prophétie des glaces n’a pas de rapport avec la religion.

  

  1. Quelles ont été vos sources en la matière : pour les civilisations protohistoriques ? La parapsychologie ? Les cartes impossibles ?

Je dispose d’une bibliothèque importante sur ces différents sujets. J’utilise aussi beaucoup Internet… avec prudence toutefois.

En ce qui concerne les cartes impossibles, je possède le livre du professeur Charles Hapgood, Les Cartes des anciens rois des Mers. C’est un ouvrage surprenant, assez fastidieux à lire parce que c’est l’œuvre d’un scientifique, et il demande beaucoup de patience. On ne le trouve plus actuellement, hélas. Le professeur Hapgood est décédé en 1982.

  

  1. Dans La prophétie des glaces, on trouve aussi une allusion aux sociétés secrètes dirigeant le monde (Skull and Bones, Scroll and Key). Est-ce un simple artifice pour le roman ou bien pensez-vous vraiment qu’elles exercent une réelle influence aujourd’hui ? Et si oui, quelles sources vous ont marquées ?

Il est plus que probable que ces sociétés secrètes exercent une influence sur le monde dans lequel nous vivons. Elles ont été fondées par des familles extrêmement riches, dont les membres sont intimement persuadés de faire partie d’une élite, et qui se considèrent donc comme des êtres supérieurs. Ce sont les « Possédants ». On trouve sur le Net quantité d’informations à leur sujet. Ces gens n’ont aucune intention de perdre leurs privilèges et s’organisent en conséquence. Je ne veux pas parler d’un obscur complot mondial, mais d’une réalité qui s’adapte constamment à la situation de la politique et de l’économie. Cette action n’est pas nouvelle. Les riches ont toujours trouvé le moyen de s’entendre pour préserver leurs intérêts. C’est dans l’ordre des choses. Le président Georges W Bush, de sinistre mémoire, fait partie des Skull and Bones, ce n’est pas un secret. De même que son adversaire malheureux il y a 5 ans. Ces gens-là se doivent mutuellement assistance. Même s’ils sont opposés. Les sources, là encore, sont nombreuses.

Il y aurait beaucoup à dire sur ces personnages. Mais l’une des idées maîtresses de la Prophétie des Glaces est la suivante : Les Possédants s’appuient sur la religion pour dominer et contrôler les peuples. C’est pourquoi il convient de rester sur nos gardes, car les dirigeants actuels font tout actuellement pour favoriser un retour de l’obscurantisme religieux : déliquescence de l’enseignement public auquel on supprime des crédits pour les reporter sur les organisations « policières », manipulation des masses populaires pour dresser les deux grandes religions l’une contre l’autre, retour en force des intégristes de tous bords et notamment de ces inquiétants « Créationnistes », très actifs dans les pays anglo-saxons. Ce mouvement n’est pas très connu en France car il ne correspond pas à l’esprit français, mais son action aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne se développe de manière vraiment inquiétante, et ce serait une erreur de ne pas en tenir compte. Ils commencent à exercer une influence au plus haut niveau des sphères européennes. A ce titre, la Prophétie des Glaces est un avertissement.

  

  1. Curieusement, dans vos romans, on ne trouve pas trace d’extraterrestres ? Pourquoi ? Ce thème ne semble pas vous inspirer ?

Même si j’aime la Science Fiction et si je regarde toujours avec plaisir des films où apparaissent des créatures venues d’ailleurs, sur le plan réel, je ne suis pas un fan des Extra-terrestres. Lorsque l’on étudie sérieusement le cosmos, on est obligé de constater que les distances séparant les étoiles ne parlent pas en faveur d’un contact entre civilisations inter ou extragalactiques. C’est une question de bon sens. La vie existe probablement ailleurs, et a sans doute revêtu des formes étonnantes. Mais imaginer, dans la réalité, un contact entre notre civilisation et une autre me semble, au moins en l’état actuel de nos connaissances, une spéculation sujette à caution. Lorsque l’on compare la durée de l’existence de l’homme sur Terre (quelques centaines de milliers d’années) et celle de la vie sur la planète (3,6 milliards d’années), on est obligé de se rendre à l’évidence : la probabilité pour qu’un autre système connaisse dans le même temps un développement identique de la vie est vraiment infime.

Cependant, je ne rejette, par principe, aucune hypothèse, et je me garderai bien d’affirmer que les ET n’existent pas. Car on peut imaginer que la Vie a atteint sur certains mondes un développement tellement supérieur au nôtre que leurs habitants ont peut-être trouvé la possibilité de traverser l’espace par des moyens que nous ne pouvons même pas imaginer. Dans ce cas-là, nous avons beaucoup de soucis à nous faire, car il y aurait entre eux et nous autant de différence qu’entre nous et les fourmis. Il existe aussi une autre possibilité : celle des mondes parallèles. Les ET ne sont peut-être pas des voyageurs de l’Espace, mais des visiteurs d’autres dimensions. Actuellement, les scientifiques commencent à se poser sérieusement la question.

  

  1. Dans votre précédent roman, Le Carrefour des Ombres, qui vous est cher car traitant d’un écrivain confronté à des événements fantastiques et remettant en question sa vie, on en ressort avec une réflexion sur l’univers dans lequel nous vivons : tout n’est-il qu’illusion, la Maya chère aux Hindous ? Un thème déjà développé dans La porte de bronze et présent dans la trilogie Matrix au cinéma. La porte de bronze étant sortie bien avant le premier Matrix, on peut penser que ces thèmes vous inspirent ?

Dans le Carrefour des Ombres, c’est surtout les rapports surprenants qu’un auteur peut entretenir avec ses personnages qui m’intéressent. Ils finissent par prendre une espèce d’existence mi-réelle mi-virtuelle, une personnalité telle que l’on ne peut plus leur faire faire n’importe quoi. L’auteur joue le rôle d’un dieu dans ses romans. Or, ce dieu n’est pas aussi maître de ses créatures qu’on pourrait le croire. Alors, qu’en est-il dans la réalité ? La Religion évoque le « Libre-arbitre ». C’est un point sur laquelle je suis d’accord avec elle. Chaque être humain est responsable de ses actes. Il est le maître de son destin, des voies qu’il se choisit. Et s’il lui arrive de se planter, il ne doit s’en prendre qu’à lui-même et non reporter ses échecs sur les autres. Une remise en question permanente est la clé de la progression personnelle.

Dans la Porte de Bronze, il y avait également une parabole entre notre monde réel et celui, virtuel, d’Aurévia. Par le biais de cette virtualité, je voulais démontrer que l’ordinateur pouvait être assimilé à un dieu, et que ses créatures faisaient partie de lui, chacune possédant sa liberté d’esprit. On retrouve cette idée, sous une autre forme, dans la Prophétie des Glaces.

  

  1. Auteur de différents genres, dont des romans purement historiques (comme la trilogie de la 1ère pyramide), ou historiques mais avec des éléments de légendes (la louve de Cornouailles, La légende de la toison d’or) ou des controverses historiques (Antilia, mais aussi La prophétie des glaces) apparaissent, existe-t-il des époques qui vous attirent, que vous privilégiez ? Si oui, lesquelles ? Et pourrait-on en voir d’autres prochainement ?

Toutes les époques sont passionnantes. Même si certaines sont moins bien connues et donc plus difficiles à aborder, le monde est un creuset dans lequel il se passe toujours quelque chose quelque part. Je suis donc ouvert à n’importe quelle période et j’ai toujours un grand plaisir à me plonger dans une époque et un pays que je ne connais pas. Je ne suis jamais déçu, surtout lorsque je rencontre une énigme qui laisse les historiens perplexes.

Par exemple, en janvier 2010 sort un roman intitulé les Enfants du Volcan, déjà paru en avant-première chez France Loisirs. La préhistoire est aussi une période fascinante. 

  

  1. Autre élément omniprésent dans vos romans : l’humanisme, la haine des imbéciles, des exploiteurs, de l’argent roi (On se souvient de la charge contre un certain George « Buisson » dans le tome 4 des Enfants de l’Atlantide !) et des intégrismes. Ce sont des valeurs très fortes qui transparaissent dans tous vos romans, d’où vous viennent-elles ?

Du simple bon sens, je suppose. On peut difficilement admettre qu’une poignée d’imbéciles s’enrichissent d’une manière scandaleuse lorsque les quatre cinquièmes de l’humanité parviennent à peine à survivre. Mais il ne faut pas se tromper. On peut toujours rêver d’une énième révolution qui débarrasserait la Terre de ces ploutocrates. Ce ne serait pas la solution. D’autres les remplaceraient et tout recommencerait. Il vaudrait mieux que ces gens-là prennent conscience que le pouvoir et la fortune ne sont que des illusions qu’ils n’emporteront jamais dans leur tombe. Face à la Mort, ils sont aussi désarmés que n’importe quel être humain, quand bien même ils ont pu bénéficier des meilleurs soins. Mais sont-ils, sommes-nous capables d’évoluer vers plus de sagesse ? Je ne suis pas sûr que la réponse soit positive. Einstein disait : il y a deux choses infinies : l’univers et la bêtise humaine. Et encore, pour l’Univers, j’ai un doute.

L’homme vit actuellement sur des illusions. Notre monde est celui du pouvoir, de l’orgueil et de la « frime ». C’est un monde superficiel, régi par un système économique dont on ne compte plus les aberrations. Mes romans m’offrent le moyen d’exprimer certaines idées pour tenter de sauvegarder des valeurs auxquelles je crois. Je refuse cependant d’être pris pour un « donneur de leçons ». J’ai commis trop d’erreurs dans ma vie pour ça. Je dis simplement ce que je pense. Libre à ceux qui me lisent d’en faire ce qu’ils veulent ensuite.

  

  1. Par ailleurs, à l’heure où les thrillers se basant sur les mythes autour des origines du Christianisme battent des records de vente, cela ne semble pas vous inspirer, même si on aura compris votre vision de la religion (et surtout des intégrismes) en lisant La prophétie des glaces ?

J’ai déjà écrit un livre sur Moïse. Je garde aussi en projet un roman sur la vie du Christ telle que je la conçois. Mais elle risque de ne pas plaire du tout aux intégristes. J’attends encore, car il me manque des informations. Cependant, les premiers éléments que je peux donner remettront complètement en question la vision évangélique du Christ, auquel je redonnerai son vrai nom : Emmanuel. Et auquel je rendrai son épouse probable, Marie Madeleine, dont l’Eglise a fait une prostituée ! Les trois idées fondatrices du Christianisme (Aime ton prochain comme toi-même, Ne juge pas et Pardonne à celui qui t’a offensé) ne sont pas des idées religieuses. Mais elles étaient révolutionnaires pour l’époque, et elles ont provoqué un mouvement d’une ampleur telle que les Puissants n’ont eu d’autre solution que de le reprendre en main et de le contrôler à coups de dogmes et de décisions arbitraires – comme par exemple faire du Christ le Fils de Dieu, idée totalement absente des premiers temps du christianisme.

  

  1. Vous dites être aussi attiré par les romans de cape et d’épée, les romans de Jules Verne, entre autres ; cela pourrait-il vous inspirer pour de prochains romans ?

Pourquoi pas…

  

  1. Quels sont vos projets à court et moyen terme ? Sachant que début 2010 sortira Les enfants du volcan, et qu’il reste à terminer les cycles de Phénix et des Enfants de l’Atlantide…

Le prochain roman est un policier ayant pour cadre l’Ecosse et les légendes liées aux fantômes. Il s’intitulera Les Amants de Feu. Quant aux suites des Enfants de l’Atlantide et de Phénix, il faudra encore attendre un peu. 

  

  1. Autre chose à rajouter pour vos lecteurs ?

Bien sûr. Amitiés à tous ! Et gardez l’œil ouvert afin de ne pas vous laisser manipuler par les médias à la botte des Puissants !