

KALKUS DE
RIVES Le Grand Fondateur de la Religion Amanite, Charles
Commènes, dit Kalkus de Rives, naquit en 3787 de l'ère chrétienne, à une époque
où seules les Cités Surves, ou Cités Libres, conservaient la mémoire des anciens
repères chronologiques. Par la suite, la naissance de Kalkus de Rives fut
choisie comme point de départ de l'ère amanite. Celui-ci estimait que seule une religion souple mais
puissante serait en mesure de réaliser une unité mondiale. Lorsqu'il fut nommé
gouverneur de Rives, vers l'âge de cinquante ans, il commença la réalisation de
cet immense projet dont il savait qu'il ne verrait jamais la fin.
Charles Commènes, selon les témoignages de l'époque, et
d'après ses nombreux écrits, accessibles seulement aux initiés, était un homme
agréable, attachant, à l'esprit ouvert, de forte constitution physique, qui
aimait la vie et en jouissait de belle manière. Ce qui ne l'empêcha pas, pendant
les premières années de sa vie de se consacrer à l'étude à partir des banques de
données de la petite cité libre de Rives, en Francie occidentale. Doté d'une
mémoire prodigieuse et d'une faculté d'analyse extraordinaire, il se pencha sur
le souvenir de la civilisation antique, dont il sut tirer les leçons. Il se
passionna pour tous les sujets, aussi bien historiques, philosophiques,
religieux, artistiques, que technologiques. Par ailleurs, il était célèbre pour
son humour et ses réparties pleines d'esprit. Il possédait également un
ascendant extraordinaire sur les autres, fait de charisme et de séduction, et
d'une autorité incontestable dont il sut user avec sagesse. D'aucuns le
considèrent comme le plus grand homme que le monde ait jamais
connu. Sa vie à elle seule est un roman. A l'âge de trente ans, il quitte Rives pour entreprendre un
voyage qui l'amène à rencontrer, dans un premier temps, les habitants des autres
cités libres d'Europannia avec lesquelles Rives entretenait de bonnes relations,
notamment Tours et Cybernia. Puis il décide de s'enfoncer dans les terres
inconnues encore soumises au Chaos. Grâce à son charisme, il parvient à se faire
adopter par les populations locales vivant en autarcie, et tente de les
comprendre. Il parcourt ainsi toute l'Europannia, l'Ukralasia, Cathasia, puis
passe en Canaméria par le détroit du Nord (autrefois détroit de Behring), et
descend jusqu'au sud du continent Amérien. Il traverse ensuite le Pacifique,
aborde à Dart Behra, sur le continent australien, seul continent ayant conservé
le souvenir du monde antique. De là, un aérodyne le ramène à Rives. Durant ce
gigantesque périple, qui s'étale sur près de dix-huit années, il accumule
quantités de notes, écrit plusieurs ouvrages sur ses impressions, et lance les
bases d'une reconquête du monde, ou plutôt, comme il le dit lui-même, d'un
retour à la civilisation. Mais, à l'inverse de tous ses prédécesseurs, il fonde ses
principes sur des idées totalement nouvelles, nullement déformées par des
pseudo-morales ne tenant aucun compte de la nature profonde de l'être humain. Il
estimait que l'homme portait en lui-même la capacité de s'améliorer, à condition
qu'on lui enseigne trois principes fondamentaux. L'homme étant, selon ses
propres écrits, partagé entre ange et démon, il convenait de lui ouvrir les yeux
sur lui-même, et de l'amener à s'accepter tel qu'il était, c'est à dire
imparfait, mais capable d'amélioration. Le premier principe fondamental d'une
vie en société est l'enseignement du respect mutuel, qui stipule qu'il n'existe
pas UNE vérité,
qu'elle soit religieuse ou autre, mais autant de vérités qu'il y a d'êtres
humains sur la Terre. Tout simplement parce que CHAQUE HOMME EST
UNIQUE, et
fondamentalement différent des autres. Il perçoit le monde à sa manière, avec sa
propre sensibilité. Il fallait donc que les hommes apprennent à se connaître, à
se respecter, et à communiquer. Le deuxième principe complétait le premier. Il reposait sur
LA CONNAISSANCE DE
SOI. Dans le
système éducatif que Kalkus de Rives mit sur pied, l'accent fut mis sur la
méditation, sur la remise en cause personnelle, et sur l'apprentissage de la
maîtrise des pulsions profondes. Ces éléments passaient bien avant même le
savoir, et tout enseignement était empreint de ces idées de base.
Le troisième principe s'appuyait sur le fait que l'homme,
même s'il était parfois amené à commettre des actions répréhensibles, était
presque toujours guidé par un idéal, par ses convictions profondes. Il avait été
marqué par le fait que même les crimes les plus ignobles dont il avait eu
connaissance avaient été commis au nom d'une croyance quelconque. Ou parfois à
cause d'une absence de croyance, d'idéal. Il en vint tout naturellement à penser qu'une religion
puissante, mais qui laisserait à tout individu la possibilité d'exprimer
librement sa personnalité profonde, tout en respectant le premier principe,
était seule capable de relever le monde du Chaos où il s'était enfoncé depuis
des siècles. Et Kalkus de Rives créa cette religion. Ce fut la naissance
de la Religion Amanite, dont certains observateurs extérieurs, notamment les
Lonniens, estimèrent qu'elle était aussi bien un art de vivre qu'une véritable
religion, puisqu'elle englobait, de par sa nature, toutes les autres, ayant
existé ou à venir. Par certains aspects, elle se rapproche d'une forme de
croyance très ancienne, la bouddhisme, dont on retrouve de nombreuses traces
dans les cités orientales. Ainsi, l'amanisme a su apprivoiser toutes les déités
locales, qu'elle a accommodées avec ses grands principes de base, offrant ainsi
aux hommes une plus grande liberté d'action. La grande force de la religion
amanite est qu’elle ne repose sur aucun dogme, mais sur le bon sens et sur une
adaptation constante à l’évolution du monde. Kalkus de Rives affirmait tout simplement, à l'intention de
ses disciples, que Dieu était tout, qu'il était la Vie, la Matière, l'Univers et
l'Esprit, et qu'il convenait seulement d'admettre son existence. Il disait à ses
disciples : "Il nous a donné la Vie, car Il est la Vie, et plus encore, Il nous
a offert les moyens d'en jouir pleinement. Il est à la fois l'infiniment grand
et l'infiniment petit, l'Unité et la Multitude, l'instant qui passe, l'avenir,
le présent et le passé, depuis l'origine des temps. Il est éternel et infini. Il
ne nous revient pas de tenter de le définir et de l'enfermer dans des règles et
des principes restrictifs, puisqu'Il est le Tout. Nous vivons sur un grain de
poussière issue d'une toute petite étoile déjà âgée, nous sommes confinés à la
surface de cette poussière. Nous sommes nous-mêmes limités dans le temps et
l'espace. Comment pourrions-nous alors nous arroger le droit de définir ce qu'Il
est. À nous de trouver la sagesse de profiter de cette vie qu'Il nous a donné.
C'est sur vous que repose la tâche de transmettre ce message aux autres
hommes". Ces disciples constituèrent le premier noyau de ce qui
devait devenir les Amanes. Petit à petit, il organisa ainsi une structure de
prêtres qui reçurent son enseignement, et diffusèrent ses idées. Les plus connus
de ces amanes sont bien sûr ceux qui constituent les Phalanges. Mais il en
existent bien d'autres, dont nous parlerons plus tard. LA RECONQUETE DU
MONDE La conquête d'un peuple, basé sur la non-violence, passait
tout d'abord par une prise de contact. Tout d'abord venaient les Conteurs. Aux
premiers temps de la Religion, ceux-ci lui étaient inféodés. Leur rôle
consistait à visiter les villes et villages convoités par les prêtres, en
attirant l'attention des habitants grâce à des légendes dont la plupart étaient
créées de toutes pièces, mais qui toutes comportaient une leçon, une morale
destinée à éveiller la conscience des peuples. Les conteurs parlaient ensuite
des Amanes, et des bienfaits qu'ils pouvaient apporter. Il suffisait d'attiser
la curiosité de ces peuples à la fois rusés et naïfs, prompts à croire au
merveilleux, mais tragiquement soumis à une vie difficile. Les soins étaient
absents, hormis quelques remèdes plus ou moins efficaces. La technologie n’était
plus qu’un souvenir. Les guerres n’étaient pas nombreuses, du fait de la densité
réduite de la population terrestre, mais il fallait affronter régulièrement les
hordes de pillards ainsi que les garous, extrêmement nombreux aux premiers temps
de la Religion. Les Amanes proposaient des solutions, sans jamais les
imposer. De plus, ils amenaient avec eux la sécurité représentée par
l'invincible armée dramas, créée simultanément avec les Phalanges de
prêtres. LES PHALANGES Elles sont constituées par cinq prêtres : le théolamane, le
médamane, le physiamane, le biolamane et l’astrolamane. Lorsqu'une ville se déclarait désireuse de recevoir la
visite des Amanes, c'était toujours le médamane qui arrivait le premier. Il
gagnait ainsi la confiance des habitants en guérissant des maladies ou blessures
que les autochtones étaient incapables de soigner. La confiance s'installait
rapidement. Ensuite venait le physiamane et le biolamane, qui apportaient avec
eux les connaissances technologiques. Bien entendu, ils conservaient pour eux
l'essentiel des techniques, expliquant que les secrets contenus dans la
Connaissance n'étaient bénéfiques que s'ils étaient appliqués par les hommes de
la Religion. Mais le résultat était toujours positif. Les récoltes étaient
meilleures, la vie quotidienne facilitée. Ensuite venaient le Théolamane, le
chef de la Phalange, et l'Astrolamane. Le Théolamane devenait rapidement le
directeur spirituel de la cité, dont il éduquait les chefs. Avec le temps,
nombre de cités acquises aux principes de la Religion nommèrent les théolamanes
gouverneurs, rois, ou autre, en remplacement des chefs précédents, dont la
plupart étaient souvent guidés par la soif du pouvoir. Les Amanes étaient
strictement éduqués pour éviter ce piège de l'autorité. Mais ils savaient
l'exercer. C'est ainsi que dans les premiers temps de la Religion, le pouvoir
temporel fut exercé par les Amanes. Plus tard, et ce fut encore un élément prévu
par Kalkus de Rives, ils cédèrent le pouvoir à des Princes Régnants spécialement
éduqués par leurs soins. L'astrolamane, quant à lui, avait trois fonctions. Dans
chaque cité furent bâtis des temples dont une partie était appelée l'Obs.
C'était là que vivait l'astrolamane. S'adaptant aux croyances locales, il lui
appartenait d'explorer l'avenir, un phénomène pour lequel les hommes se sont
passionnés de tous temps. En second lieu, et c'était en fait son rôle principal,
il assurait la communication entre la Phalange et celles des autres cités.
Kalkus de Rives avait en effet compris que la clé du pouvoir passait par des
moyens de communication rapides, et une connaissance de ce qui se passait à tout
moment dans le monde. Ainsi se tissa, au fil des siècles, un réseau de
communication efficace qui assura la puissance des Amanes aussi sûrement que
l'armée dramas. En troisième lieu, l'astrolamane faisait office de météorologue,
élément important pour les transports et les récoltes. Ainsi fonctionna la reconquête du monde par les Amanes, qui
se fit pratiquement sans une guerre. Cependant, il fallut près d'un millénaire
pour qu'elle s'étendît sur les cinq continents. En réalité, elle n'était
présente que dans les cités. Une grande partie des territoires qui séparaient
les villes demeurèrent soumis au Chaos, notamment les abords des Terres Bleues,
où toute vie était devenue impossible. C'est encore une réalité de nos jours,
même si ces domaines ont diminué depuis cette époque. LES AUTRES CASTES
D’AMANES En dehors des cinq prêtres qui composent une Phalange, il
existe plusieurs autres castes de prêtres. LES LEPHAMANES Ils président aux destinées des futures princesses
régnantes. Un article leur est entièrement consacré. LES TREKAMANES Ils constituent une caste particulière, dont le rôle
consiste à voyager de par le monde, et d'effectuer des rapports sur la situation
de chaque cité, chaque royaume, chaque empire. Leur but est d'apporter un regard
extérieur sur la situation des peuples, et d'effectuer des comparaisons
destinées à améliorer le sort de ces peuples. Par ailleurs, ils représentent une
force d'espionnage importante dont les ramifications s'étendent sur le monde
entier. Ils sont rattachés à la Phalange Suprême, basée à Avallonia, en
Canaméria. Les Trekamanes, dont le symbole est une comète,
s'aventurent régulièrement en dehors des zones contrôlées par la civilisation
amanite, dans le but d'évaluer l'évolution des peuples non soumis à la Religion.
Ce sont de grands voyageurs, et la vie de chacun d'entre eux pourrait faire
l'objet d'un roman. La caste des Trekamanes, depuis l'avènement de Dorian de
Gwondaleya a absorbé une autre caste, l'Inquispol. L’INQUISPOL Cette formation un peu différente, dont le rôle était
essentiellement policier, faisait office de surveillance. Afin d'éviter un
retour du schisme déclenché par l'apparition des deux commandeurs, Aurélios et
Darios, l'Inquispol avait pour tâche de débusquer les prêtres tentés par une
évolution non conforme aux idées de Kalkus de Rives, selon le point de vue des
Conservateurs. Les événements provoqués par la naissance de Dorian et de Solyane
de Syrdahar ont amené une modification des choses, qui s'est traduite par la
cessation des activités de l'Inquispol, et la réunion des deux tendances,
Schismatique et Conservatrice, sous une seule et même appellation : le
Progressisme. Les Anciens membres de l'Inquispol, reconvertis, se sont
retrouvés intégrés à la caste des Trekamanes. LA PHALANGE SUPREME Enfin, au-dessus de toutes les Phalanges implantées dans
chaque empire, royaume ou comté se trouve la Phalange Suprême, dirigée
actuellement par le Grand Initié Horius. Le rôle de la Phalange Suprême, à
laquelle revient le pouvoir ultime de décision, a cependant plus un rôle de
coordination que de pouvoir absolu. Elle comporte sept grands prêtres, un pour
chaque caste. LES PARANES Une dernière caste complète l'ensemble des formations de
prêtres. Il s'agit des paranes, dont le rôle consiste à assister les prêtres
dans leurs tâches quotidiennes. En effet, si les prêtres de la Phalange de
chaque ville occupe un rôle représentatif, il ne peut s'occuper de toutes les
tâches technologiques et autres de sa fonction. Il est aidé en cela par les
paranes, qui sont en réalité les exécutants, les artisans de la Religion. Ce
sont eux qui font fonctionner les barrages fournissant le flux lectronique, qui
fabriquent les engrais, les produits technologiques avancés, comme les véhicules
automobiles rencontrés dans les grandes cités, ou encore les lectrosonnes et
autres merveilles de la technologie. LA VIE DES
AMANES La formation d'un amane débute de très bonne heure. Ils
sont recrutés la plupart du temps parmi les enfants qu'ils ont avec les
sziloves. Les prêtres ne sont nullement tenus au célibat. Pratiquant tout à la
fois la polygamie ou la monogamie, selon les usages de chaque cité, les prêtres
bénéficient de la présence de compagnes féminines. Les sziloves sont des femmes
raffinées, de très haute éducation. Curieusement, il n'existe pas d'amanes
femmes. Mais les citadins savent d'expérience que lorsque l'on veut obtenir
quelque chose des amanes, il est préférable de s'adresser à leurs compagnes.
Celles-ci sont en général des femmes ouvertes d'esprit, très instruites. En
fait, le rôle des sziloves est aussi important que celui de leurs compagnons.
L'éducation d'un amane est extrêmement complexe, et
comporte une acquisition de connaissances poussées dans tous les domaines. Elle
s'étale sur une durée assez longue, puisqu'un parane ne peut être nommé amane
qu'après l'âge de trente ans. Cependant, une ligne essentielle se dégage de cette
éducation, c'est l'humilité. Tout le système éducatif repose sur un principe qui
exclut la moindre ambition personnelle de pouvoir ou de domination. En fait,
même si l'histoire prouva que le système n'était pas sans faille (voir
"GRAAL"), ce
grand principe fut grandement vérifié. Les amanes se comportent plutôt comme des
conseillers, des guides, que comme des dirigeants. |