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PROLOGUE Les sept îles de l’archipel atlante comportaient dix royaumes, et sur chacun d’eux régnaient un Titan et une Titanide. Pendant six mille ans, dans ce monde oublié, les hommes vécurent en harmonie avec la nature. Celle-ci leur fournissait des fruits et des animaux en abondance, une eau pure et claire, des forêts aux bois précieux. Le sous-sol regorgeait de minerais, de pierres précieuses et de roches belles et solides, calcaire, marbre et granit. Des cités magnifiques naquirent, se développèrent, offrant aux visiteurs émerveillés les trésors d’architecture de leurs palais, de leurs temples et même de leurs simples demeures, où l’on était accueilli avec la plus chaleureuse hospitalité. Les Atlantes étaient passés maîtres dans toutes sortes d’art : peinture, sculpture, musique, danse, théâtre et surtout poésie. Leurs navires sillonnaient tous les océans, depuis les lointaines terres gelées du continent austral jusqu’aux îles innombrables du grand continent oriental, car les Atlantes étaient de grands voyageurs, curieux des richesses de chaque pays qu’ils visitaient. La pauvreté n’existait pas en Atlantide. Chacun mangeait à sa faim et possédait son propre toit. D’ailleurs, en ce temps-là, on considérait que la véritable richesse n’était pas la fortune, mais une vie bien remplie, faite de voyages, de rencontres, de moments agréables partagés avec ceux que l’on aimait. Les Atlantes ignoraient jusqu’à la signification du mot « guerre ». Les seuls combats qu’ils livraient les opposaient aux épidémies et aux éléments déchaînés, tremblements de terre, tempêtes, cyclones. Un jour pourtant, l’Atlantide sombra dans le chaos. Des divinités nouvelles surgirent du néant et livrèrent aux Titans une guerre sans merci. Alors, la paix ne fut plus qu’un souvenir, l’amour s’effaça devant la haine et le monde plongea dans la désolation. Dans un premier temps, au cours de la terrible bataille de Poséidonia, la plus grande cité de l’Empire, les Titans remportèrent une victoire sur ces dieux infernaux connus sous les noms de Géants ou Serpents. Mais ce fut un triomphe bien trompeur, car, même vaincu et anéanti, l’ennemi avait atteint son objectif : les hommes avaient perdu leur innocence. Ils avaient appris le goût du sang et du combat, et la paix fut définitivement chassée du monde. Sur les vingt Titans et Titanides, seuls six survécurent. Ces rescapés escomptaient que leurs compagnons, dotés du pouvoir de résurrection, reviendraient à la vie quelques années plus tard. Mais un piège infernal, tendu par les Géants, empêcha cette résurrection. Pire encore, douze années plus tard, le même piège se referma sur les Titans survivants, sans que l’on pût savoir qui en fut à l’origine, car les vaincus n’avaient pu reprendre vie dans un délai aussi court. Incapables de se réincarner, les derniers Titans disparurent à leur tour, et le monde tomba sous l’emprise des Géants. Cette période de mort et de sang, de feu et de souffrance, fut appelé l’Âge des Ténèbres. Livrée aux divinités mauvaises, cristallisation des aspects les plus funestes de l’âme humaine, l’Atlantide sombra dans la décadence. Quelques siècles à peine après la disparition des Titans, la brillante civilisation qu’ils avaient fait naître s’était effondrée. Dans les ruines des cités autrefois si belles survivait un peuple dégénéré, sans loi et sans foi, ayant perdu la quasi-totalité des connaissances technologiques offertes par les Titans. Peut-être cette déchéance provoqua-t-elle les foudres des Dieux, pères des Titans. Selon la légende, ce qui restait de l’archipel atlante fut entraîné au fond de l’océan au cours d’un cataclysme effroyable, en l’espace d’un seul jour et d’une seule nuit. Avec lui disparurent les divinités maudites. Seules quelques petites îles subsistèrent, ultimes vestiges d’un empire qui avait dominé le monde et lui avait apporté sa lumière, avant de semer la ruine et la terreur. Le temps passa, les siècles devinrent des millénaires. Une à une, les cités des colonies lointaines qui avaient échappé à l’Apocalypse s’effondrèrent. Ne subsista plus dans la mémoire des hommes que le souvenir de la légende de ce paradis perdu. Au moment où commence ce récit, les anciennes cités coloniales ont disparu, hormis une demi-douzaine d’entre elles. Des villes moribondes, comme Leonesse, ou repliées sur elles-mêmes, comme Thulea, patrie de la jolie reine Callisto. Des cités sans avenir, incapables à elles seules de rebâtir la civilisation. C’est une époque charnière. Près de six mille ans se sont écoulés depuis l’effondrement de l’Atlantide. Le vieux monde, retourné à l’Âge de Pierre, évolue lentement de la Préhistoire vers l’Histoire. Les hommes ont tout oublié des Titans. Tout au plus survivent-ils, dans l’esprit de certains peuples, comme des êtres de légende. Dans le golfe de la Petite Mer, un enfant est né. Il s’appelle Jehn, fils d’Aalthus. Doté de pouvoirs étonnants, il découvre bientôt qu’il a été, dans ses vies antérieures, l’un des grands princes de l’Atlantide. Sous le nom d’Astyan, il a régné, en compagnie de son épouse, la belle Titanide Anéa, sur la plus grande cité atlante, Poséidonia. Mais Poséidonia n’est plus qu’un lointain souvenir, et Astyan a repris vie dans un monde bien différent de celui qu’il a connu. Seules lui restent ses connaissances fabuleuses et l’Arkas, un navire qu’il a fait construire dans la ville de Leonesse. Sa vie nouvelle lui a apporté une autre épouse, la douce Attalante, et une troupe de compagnons, composée de marins et de rescapés de Leonesse. Errant sur l’océan après la découverte des îles d’Akhorya, vestiges de l’antique Archipel du Soleil, ils sont parvenus sur les côtes du Grand Continent occidental, jadis nommé Pontheus, dans un lieu sauvage appelé : le pays des Arcs-en-ciel.
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